
Et si l’expérience en recherche commençait bien avant l’université ?
Rédigé par
Virginie Houle, étudiante à la maîtrise en linguistique à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) et auxiliaire de recherche chez ÉCOBES – Recherche et transfert.
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Lorsqu’on pense à la recherche scientifique, on pense souvent aux laboratoires et au personnel universitaires, comme les personnes professeures, assistantes et étudiantes à la maîtrise et au doctorat. Bref, on a tendance à associer la recherche au milieu universitaire. Pourtant, au Québec, on a un réseau dynamique de centres collégiaux qui mène depuis plusieurs années des projets de recherche appliquée, et qui portent sur une diversité de réalités sociales, technologiques et économiques de notre territoire.
C’est ce qu’on appelle la recherche collégiale. Et pour Virginie Houle, aujourd’hui étudiante à la maîtrise en linguistique à l’Université du Québec à Chicoutimi, et auxiliaire de recherche chez ÉCOBES, un centre de recherche affilié au Cégep de Jonquière, cette forme de recherche a été le déclencheur de toute une vocation. Selon Virginie, cette première immersion dans une communauté de recherche a aussi joué un rôle important sur son bien-être académique en lui permettant de se sentir entourée très tôt dans son parcours. C’est ce qui l’a en quelque sorte protégée du sentiment d’isolement, un enjeu bien documenté chez la relève en recherche (Chao et al., 2015).
Dans ce billet, Virginie présente les particularités de la recherche collégiale au Québec et son rôle pour la formation de la relève.
Concrètement, comment ça fonctionne, la recherche collégiale?
Celle-ci ne fonctionne pas exactement comme celle des universités, et c’est ce qui la rend unique! Au cégep, les enseignants sont d’abord embauchés pour enseigner (Desjardins et al., 2025, p. 711). La recherche n’est pas inhérente à leur tâche, mais elle existe bel et bien, et ce, dans plusieurs domaines, que ce soit à l’intérieur même de leurs établissements ou au sein de leurs centres collégiaux de transfert de technologies, qu’on appelle CCTT (Fédération des cégeps, s.d.). Selon la Fédération des cégeps, il y a actuellement 59 CCTT à travers la province (Fédération des cégeps, s.d.). Ces centres sont reconnus par le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, ainsi que par le ministère de l’Économie, de la Science et de l’Innovation (Fédération des cégeps, s.d.).
Cette structure crée parfois des perceptions erronées : certains imaginent que la recherche collégiale est moins rigoureuse, moins scientifique ou simplement « appliquée » (Desjardins et al., 2025). Pourtant, elle répond aux mêmes exigences que la recherche universitaire: éthique, méthodologie, collecte de données, analyses qualitatives ou quantitatives, rédaction, diffusion. La différence n’est pas dans la qualité, mais dans le contexte d’exercice.
Différents profils de recherche
- chercheuses et chercheurs principaux;
- employés à temps plein;
- titulaires d’un doctorat et dont la tâche est consacrée majoritairement à la recherche;
- enseignantes-chercheuses et enseignants-chercheurs;
- profs du cégep libérés partiellement pour mener des projets;
- assistantes et assistants de recherche (souvent étudiants du cégep ou de l’université embauchés pour participer aux analyses, à la collecte de données ou à la rédaction).
Acteur·trices important·es
De plus, le Fonds de recherche du Québec, ou FRQ, soutient activement le milieu de la recherche collégiale, et ce, à plusieurs niveaux : il finance des projets, il appuie des équipes, et surtout, il valorise la contribution des cégeps à la production de connaissances scientifiques au Québec (Comité intersectoriel étudiant, 2019). Ce soutien institutionnel est crucial, parce qu’il permet non seulement de légitimer la recherche collégiale, mais aussi de la rendre plus visible, de montrer qu’elle a toute sa place dans le paysage scientifique québécois. Et pour les étudiantes et étudiants, ce soutien se traduit souvent par des bourses d’initiation ou des occasions de participer à des projets de recherche concrets, aux côtés d’enseignants-chercheurs ou de chercheurs principaux, ces derniers étant du personnel du cégep non enseignant qui se consacre entièrement à la recherche collégiale. En plus, c’est un soutien qui vient nourrir la motivation et le sentiment de compétences de la relève en recherche collégiale, deux piliers du bien-être académique (Ryan et Deci, 2017; Sverdlik et al., 2018; van Rooij et al., 2019).
Un autre acteur important, c’est l’Association pour la recherche au collégial (l’ARC). L’ARC a pour mission de promouvoir et de valoriser la recherche dans les cégeps, à travers des activités de représentation, des services à la communauté et des actions de soutien à la recherche collégiale. Pour le dire autrement, l’ARC joue un rôle de point d’ancrage collectif : elle informe sur les opportunités, soutient la structuration des milieux, encourage la diffusion des résultats et défend la place de la recherche collégiale dans les sphères décisionnelles. Un exemple concret : l’ARC organise les Prix étudiants, qui visent à faire connaître et reconnaître la participation des étudiantes et étudiants collégiaux à des activités de recherche; c’est une façon de souligner le rôle actif de la relève dans ce réseau. D’ailleurs, les personnes étudiantes qui obtiennent des bourses tôt dans leur parcours ont tendance à mieux performer ensuite et à obtenir davantage de bourses au fil de leur cheminement en recherche (Horta et al., 2018). Comme on dit souvent : « une bourse en attire une autre ». Bref, une première expérience de recherche au collégial peut devenir un tremplin réel pour les bourses universitaires et pour la poursuite d’une carrière scientifique.
Alors, si tu es au cégep en ce moment, sache que la recherche n’est pas réservée « à plus tard ». Informe-toi sur ce qui se fait dans ton établissement, va poser des questions, parles-en à tes professeurs. Parfois, il suffit d’une simple conversation pour découvrir un projet passionnant, ou pour trouver quelqu’un prêt à t’accueillir dans son équipe. Au Cégep de Jonquière, par exemple, il existe dorénavant un parcours recherche-études qui permet aux étudiantes et étudiants de s’initier à la recherche.
Et si tu es déjà à l’université, sache que tu peux aussi collaborer avec un CCTT.
C’est ce qu’on appelle la recherche interordre : quand des équipes de recherche d’un cégep et de l’université travaillent ensemble (Desjardins et al. 2025). Mais ce modèle comporte aussi des défis : rythmes de travail différents, reconnaissance inégale, enjeux de statut ou de financement, attentes institutionnelles variées, etc. (Desjardins et al. 2025). Malgré tout, lorsqu’elle est bien menée, cette collaboration génère des retombées scientifiques, pédagogiques et sociales considérables. C’est un modèle unique au Québec, et c’est ce qui rend notre écosystème de recherche si riche et collaboratif!
Références :
- Association pour la recherche au collégial (s. d.). Présentation. Repéré le 29 septembre 2025 à https://www.scribbr.fr/references/generateur/dossier/7pCh6gIyJozjYj4HGYhkDK/listes/2g1Tg6hrml6kmnjB4LqbCz/
- Chao, M., Monini, C., Munck, S., Thomas, S., Rochot, J. et Van de Velde, C. (2015). Les expériences de la solitude en doctorat. Fondements et inégalités. Socio-logos. Revue de l’association française de sociologie, (10). https://doi.org/10.4000/socio-logos.2929
- Comité intersectoriel étudiant (2019). La recherche au collégial : des fondements à la pratique. Que peuvent les FRQ pour bonifier l’expérience étudiante dans le réseau collégial de la recherche ? Fonds de recherche du Québec. https://frq.gouv.qc.ca/app/uploads/2022/03/rapport-cie-collegial_fr-1.pdf
- Desjardins, A., Lord, F.-R., Luckerhoff, J. et Johnson, M. L. (2025). La recherche au collégial et à l’université au Québec. Les défis de la collaboration. Dans O. Bégin-Caouette, É. Maltais, J. Bernatchez, J. Luckerhoff, M. Maltais et M. Umbriaco (Éds.), L’université au Québec. Enjeux et défis (pp. 703-732). Laboratoire interdisciplinaire de recherche sur l’enseignement supérieur.
- Devos, C., Van der Linden, N., Boudrenghien, G., Azzi, A., Frenay, M., Galand, B. et Klein, O. (2015). Doctoral supervision in the light of the three types of support promoted in self-determination theory. International Journal of Doctoral Studies, 10, 438‑464.
- Fédération des cégeps. (s.d.). Recherche. Repéré le 29 septembre 2025 à https://fedecegeps.ca/cegeps/recherche/
- Horta, H., Cattaneo, M. et Meoli, M. (2018). PhD funding as a determinant of PhD and career research performance. Studies in Higher Education, 43(3), 542‑570. https://doi.org/10.1080/03075079.2016.1185406
- Ryan, R. M. et Deci, E. L. (2017). Self-determination theory : Basic psychological needs in motivation, development, and wellness. Guilford Publications.
- Sverdlik, A., Hall, N. C., McAlpine, L. et Hubbard, K. (2018). The PhD experience : A review of the factors influencing doctoral students’ completion, achievement, and well-being. International Journal of Doctoral Studies, 13(1), 361‑388. https://doi.org/10.28945/4113
- Van Rooij, E., Fokkens-Bruinsma, M. et Jansen, E. (2019). Factors that influence PhD candidates’ success : the importance of PhD project characteristics. Studies in Continuing Education, 43(1), 48-67. https://doi.org/10.1080/0158037X.2019.1652158
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